Portrait de PARKER par « La Culture de l’écrit »

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Lorsqu’il y a plus de 130 ans, en 1888, l’Américain George S. Parker fonda la Parker Pen Company à Janesville, Wisconsin, il ne savait pas que la marque deviendrait synonyme d’excellente qualité et de constance. Le professeur alors âgé de 25 ans est considéré aujourd’hui comme l’un des pionniers de l’histoire du stylo plume. Auparavant il avait amélioré son salaire d’enseignant en tant que représentant de la John Holland Pens Company. Les stylos plume qu’il avait vendus, principalement à ses élèves, fuyaient trop souvent. Parker pensait qu’il était de sa responsabilité de les réparer. Par le biais des réparations, Parker acquit les connaissances nécessaires à la conception et à la fabrication de ses propres stylos plume. Il reconnut également les faiblesses des systèmes courants de remplissage : après l’utilisation du stylo plume, une grande partie de l’encre inutilisée repassait de la plume au réservoir. En position verticale, habituellement le stylo est mis ainsi dans la poche de la veste, il restait toujours une petite quantité d’encre dans la plume. Avec la chaleur du corps, la température de l’air dans le stylo plume augmentait également et le résidu d’encre coulait et se déversait dans le capuchon. Lorsqu’on retirait ce dernier, l’encre salissait les mains. Parker décida de mettre au point sa propre technique et de fabriquer des stylos plume. En décembre 1889, il obtint son premier brevet d’une longue liste, pour un système amélioré d’alimentation. Parker travailla continuellement à l’alimentation en encre jusqu’à ce qu’il trouve avec le Lucky Curve, breveté en 1894, un stylo plume dont le flux d’encre était contrôlé. Ce système permettait de ramener l’encre dans le réservoir. Les doigts restaient enfin propres. Le Lucky Curve devint le stylo plume le plus vendu en Amérique et fut rapidement réclamé en Europe aussi. Pendant 35 ans Parker utilisa largement le terme Lucky Curve dans ses publicités, créant ainsi une nouvelle tendance,

Au début, les instruments d’écriture étaient fabriqués à l’hôtel Myers de Janesville. Il put y avoir jusqu’à 11 employés. En 1898, l’entreprise s’installa dans une maison sur Main Street qui ultérieurement fut connue sous le nom de « The Beverly Theater Building ». En 1899, Parker déménagea à nouveau, cette fois dans « la plus moderne manufacture au monde ». Le prochain changement fut en vue lorsque Parker employa plus de 100 personnes. En 1919, Parker fit construire un bâtiment ultramoderne à l’angle de Court srreet et South Division Street. Un quart de siècle après leur création, les stylos plume Parker étaient déjà vendus dans plus de 15 000 commerces ; l’entreprise possédait des succursales au Canada et en Europe. Une première filiale fut créée en Angleterre en 1924. À partir de 1940, les instruments d’écriture étaient encore fabriqués à Newhaven où se trouve également le siège social de l’entreprise depuis 1985. Depuis, les instruments d’écriture de la maison Parker sont exclusivement fabriqués en Angleterre et en France, Auparavant ils l’étaient également au Canada, au Danemark, au Mexique et aux Etats-Unis. Rachetée par Gilette en 1993, l’entreprise revint au début du nouveau millénaire à Newell Rubbermaid par adjudication. Le groupe transforma ainsi sa division d’instruments d’écriture Sanford en leader du marché mondial.

En 1904, Parker développa le « premier mécanisme de remplissage mécanique » qui fut pendant de nombreuses années la méthode de remplissage la plus moderne. Contrairement aux modèles concurrent, le système safety fonctionnait avec un diaphragme caché à l’extrémité supérieure du corps qui obturait le réservoir comme une sorte de bouchon de liège. Un autre élément positif était la Spear Head, une plume en forme de javelot qui contrôlait l’accumulation de l’encre à la pointe et complétait le Lucky Curve. Jusqu’en 1928, Parker fabriqua une multitude de modèles équipés du système Lucky Curve : le Black Giant, le Snake Pen, le Trench Pen et le Jack Knife Safety ; tels étaient les noms des stylos plume aux formes stylées des premières années. Cette production diversifiée n’était possible que parce qu’elle ne nécessitait pas d’outils coûteux et était surtout réalisée manuellement. Le Jack Knife existait en différentes longueurs, généralement revêtu d’une gomme noire. Le Snake Pen est aujourd’hui une pièce de collection recherchée ; elle est décorée d’un serpent en argent fin. Le Black Giant avait une contenance inhabituelle et correspondait à la nouvelle mode des instruments d’écriture volumineux.

L’histoire de Parker continua d’être marquée par les innovations : le Jack Knije Safety Pen de Parker fut le stylo plume le plus moderne de son époque grâce à son capuchon safety breveté. En 1916, Parker mit au point une nouvelle technique de remplissage. Elle fonctionnait à l’aide d’un bouton-poussoir, était pratique, propre et permettait enfin au réservoir d’encre de ne plus fuir.

Durant la Première Guerre mondiale, de nouvelles possibilités commerciales se présentèrent : les soldats avaient besoin d’un instrument d’écriture pouvant être utilisé de façon fiable partout et loin de chez eux. L’encre liquide était interdite sur les champs de bataille car elle gaspillait une précieuse place et gelait en hiver. Sur la base du Jack Knife Safety Pen, Parker inventa un stylo plume adéquat : le capuchon était équipé d’une réserve pour des pastilles d’encre. Celles-ci étaient mises dans le piston et lorsque c’était nécessaire, devenaient de l’encre au contact de l’eau. Ces stylos plume Trench Pens firent partie de l’équipement standard des soldats américains de 1916 à 1918. La publicité Parker de cette époque revêtit un aspect patriotique.

Une autre innovation technique de Parker en 1931 : l’encre Quink qui séchait rapidement sur le papier. Son nom est d’ailleurs composé des mots anglais « quick » (vite) et ink » (encre). Elle possédait en outre un effet nettoyant sur le système d’alimentation en encre et rendait le séchage inutile. Elle prépara également la voie aux stylos plume les plus répandus : le modèle Parker 51 a rapporté environ 400 millions de dollars durant ses 30 années de commercialisation, de 1941 à 1971.

Avec le premier stylo bille Parker en 1954, une nouvelle pierre fondatrice fut posée. Avec son mécanisme à bouton-poussoir et sa grosse mine, le Jotter donna le ton aux stylos bille modernes. On peut toujours se le procurer dans une forme presque inchangée. Pour son 50e anniversaire, il avait déjà été vendu 750 millions de fois. Ainsi en 2004, le Jotter de Parker était le stylo bille le plus connu et ayant le plus de succès au monde. Pour l’année du jubilé, il y eut trois éditions limitées différentes réunissant les techniques les plus modernes associées à un look rétro : le Jotter Jelly 50e Edition très coloré, l’édition graphique Jotter Spécial et l’édition en or Jotter Premier.

De 1920 à i960, jusqu’à ce que le stylo bille fasse son apparition et qu’on ne puisse plus imaginer des bureaux sans lui, Parker fit partie des principales marques d’instruments d’écriture dans le monde. Le classique Duofold établit l’entreprise comme un fabricant d’instruments d’écriture fiables et de qualité. En 1921, le premier Duofold imposa une nouvelle échelle de mesure. En raison de sa couleur remarquable, il fut appelé Big Red. De nombreux fabricants le prirent comme modèle et jusqu’à aujourd’hui il est toujours proposé dans de nouvelles variantes : surdimensionné avec le Centennial pour les 100 ans de l’entreprise en 1988 ; le Lucky 8 pour les 120 ans en référence aux Parker des débuts équipés de la technique Lucky Curve et au chiffre porte-bonheur chinois 8 autour duquel les Jeux olympiques de 2008 à Pékin furent également organisés,

A partir de 1933, les instruments d’écriture Parker portèrent un logo caractéristique : l’agrafe fléchée devenue célèbre depuis, est apparue pour la première fois sur le stylo plume Vacumatic ; c’est pourquoi au début il porta le nom de Golden Arrow. Aujourd’hui encore tous les instruments d’écriture Parker sont dotés de l’agrafe fléchée. En 2003, les premiers locaux de la Parker Pen Company reprirent vie et furent rebaptisés Arrow Park. Le Vacumatic de Parker apparut en 1933 comme successeur du Duofold avec un design moderne et un système de remplissage totalement nouveau. A la place du sac en caoutchouc (« collapsible sac ») que possédaient tous les Parker à remplissage automatique, le Vacumatic pouvait utiliser une membrane qui était tournée dans le piston du stylo plume. En relâchant la membrane, le vide qui se créait aspirait l’encre dans le piston. Ainsi tout le réservoir pouvait être rempli, ce qui procurait au Vacumatic un plus grand réservoir d’encre que le Duofold qu’il remplaçait. De nombreux Vacumatic étaient très « mode », décorés de bandes horizontales sur un corps en celluloïd nacré ou clair. Ainsi on pouvait toujours voir l’écoulement de l’encre dans le stylo. Le Vacumatic fut fabriqué jusqu’en 1953 mais il perdit de l’importance à partir de 1941 à cause du Parker 51.

Le légendaire Parker Aerometric 51 fut présenté en 1941. Sa forme aérodynamique rappelait celle d’un avion de chasse miniature et correspondait au style de l’époque. Son nom était étroitement lié à l’aéronautique. Parker utilisa l’homonymie avec un avion militaire pour faire la publicité de son stylo plume. Le chiffre se réfère au fait que les recherches de 1939 s’étaient achevées pour le 51e anniversaire de la création de l’entreprise. Son développement technique était en relation étroite avec la Quink, l’encre brevetée de Parker, qui en raison de sa basicité et de sa teneur en alcool isopropylique, était corrosive pour son prédécesseur, le Vacumatic et de nombreux autres stylos plume. Le 51 était fabriqué en résine acrylique, un matériau plastique qui à l’époque trouvait justement son utilité dans la construction aéronautique. Il fut le premier stylo à plume encastrée en forme de petit tube. La plume était conçue pour rester toujours humide et permettait un tracé régulier que ce soit avec les encres habituelles ou la Quink. Une nouvelle série portant le nom Parker 100 fut proposée en 2004. Elle rappelait le style du 51 mais était plus grosse et plus lourde. Grâce au changement de mine, le système de remplissage du stylo bille était confortable. Afin de créer un équivalent pour le stylo plume, Parker mit au point un nouveau système de remplissage pour le 61 Legacy. Lorsqu’on mettait le collecteur d’encre dans une bouteille d’encre, le principe de la capillarité permettait que le collecteur d’encre s’imbibe automatiquement d’encre, comme une éponge. Le nouveau principe fut mis en vente à partir de 1956 et connut un grand succès mondial. Le 45 de 1950 fut le premier Parker doté d’un système de remplissage interchangeable. Il pouvait aussi bien être alimenté avec des cartouches qu’avec de l’encre aspirée dans une bouteille. De plus, il fut le premier instrument d’écriture en métal précieux massif.

La marque eut 75 ans en 1963. Le modèle anniversaire s’appelle Parker 75. Il était fabriqué en argent fin et portait le design « ciselé » toujours connu aujourd’hui et qui depuis 1993 est présent dans la série Sonnet. En outre, Parker fit fureur en 1963 avec une série de stylos bille inhabituellement fins, le Parker Classic. En 1992 dans les magasins d’instruments d’écriture apparut le Parker Insignia avec stylos bille et portemines. Sa forme était particulièrement effilée et élégante. Des éléments de l’Insignia se retrouvent également dans la série Parker Sonnet. En 1996 Frontier devint une collection d’instruments d’écriture particulièrement appréciée de la jeune génération. La nouvelle série Reflex fut présentée par Parker au printemps 1999. Vint ensuite la série Inflection à l’automne 2000 et son design moderne. La collection Ellipse vint enrichir les stylos de prestige de Parker. Le Dimonite datant de 2002 associe un design moderne et des éléments classiques alors que les nouveautés de 2003, les Vector XL et Vector yin-l, stylés et fonctionnels, représentent le secteur jeune de Parker. La série Sonnet fut rééditée avec de nouveaux revêtements et un design affiné. C’est surtout les éditions spéciales qui méritent l’attention et sont la preuve de la qualité exigée par la marque : lors du jubilé de la reine Elisabeth en 2002, fut présentée l’édition limitée Duofold Accession. Il était en plaqué or 23 carats et possédait une améthyste de 1,5 carat au sommet du capuchon. D’autres éditions spéciales sont le Duofold Mosaic bleu et rouge (2001) et noir (2002). Vinrent ensuite le Pinstripe (2004) dans un écrin précieux en bois laqué, puis les éditions spéciales Cloisonné, Panda Makie et True Blue (2007) et Check Citrine (2008). Le Cloisonné était jaune, couleur symbolisant le succès et la richesse en Asie et rattachée à presque toutes les maisons royales orientales. Il s’inspirait du Duofold Mandarine Yellow de 1927 dont le revêtement exotique avait été inspiré par un vase cloisonné que George Parker avait rapporté d’un voyage au Japon.

L’édition limitée à 150 exemplaires Bamboo Panda Makie était inspirée de la marqueterie et de la laque orientale. À l’aide d’une technique datant du x vue siècle, du métal précieux fut apposé à la main sur une résine naturelle et montre un panda devant des tiges de bambou. Le True Blue de 2007 porte le même nom que le stylo plume des années 1920 auquel il se réfère. L’édition contemporaine de ce modèle Artdéco est ornée d’un tourbillon de flammes bleues.

Extrait de « La Culture de l’écrit »

BARBRO GARENFELD et DIETMAR GEYER

Aux Editions H.F. ULLMANN

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